Mythes et symboles des grandes traditions spirituelles : l’épopée intérieure

L’Institut des sagesses du monde est un centre de formation et de cheminement s’appuyant sur les mythes fondateurs de l’humanité.
Il propose un espace de connaissance, de rencontre et de paix entre les différentes traditions spirituelles en s’adressant à la dimension intérieure de l’être.


Introduction aux récits symboliques de l’humanité et mythes grecs
mythes des traditions juive, chrétienne, islam soufi
mythes amérindiens et africains
mythes bouddhistes et contes taoïstes, mythes hindouistes
exploration du mythe personnel

Vous trouverez ci-dessous des textes éclairant la situation actuelle

Message de FAOUZI SKALI


à propos des temps d’aujourd’hui :

Covid-19, les enseignements d’un virus. 

Une situation inédite ? Sans doute par rapport à notre mémoire la plus récente. Il y a un siècle la grippe espagnole semait le désarroi avec la dévastation que l’on sait. Quelques siècles plus tôt la peste noire dépeuplait de la façon la plus tragique pays et continents.De ce point de vue on peut considérer que le monde a été ponctué, tout le long de son histoire, par de telles épreuves qui ont toujours un sens symbolique, existentiel, et auxquelles on a cherché à répondre par les connaissances, les ignorances et les superstitions propres à chaque époque. Cela a été largement souligné pour dire que nous avons depuis quelques siècles abandonné les ères de l’ignorance et des superstitions pour entrer dans les lumières de la raison. Le monde moderne se définit lui-même précisément par une entrée dans l’ère de la rationalité pure et sa capacité à se prémunir de telles invasions. Et c’est bien pour cela que cette situation a été autant imprévue qu’imprévisible. Le virus en plus d’être couronné s’est introduit à pas feutrés dans nos espaces quotidiens et nos consciences pour prendre progressivement le contrôle de notre planète et de notre actualité. Dans chaque crise majeure la question du sens surgit avec force même si, une fois le pic de la vague passé, on revient le plus souvent avec précipitation à nos habitudes passées. Or que nous dit cette crise d’aujourd’hui ? Que notre humanité est bien fragile – et c’est bien pour cela d’ailleurs qu’il faut en prendre bien soin- et que ces prétentions à la puissance, systématiquement démenties aussi par le passé, sont dangereuses pour notre humanité et notre santé. Rappelons-nous ici le récit biblique de la tour de Babel et la prétention du roi Nimrod à défier Dieu lui-même en construisant une tour qui monte jusqu’au ciel.Et quelle était à ce moment-là l’arme de cette puissance ? Le fait que les hommes parlent la même langue. Ce que l’on peut aussi lire comme une parabole de notre mondialisation. Il est tout à fait remarquable que Nimrod dans l’aveuglement de ce sentiment de toute-puissance, qui était à la fois personnel et collectif, a été éprouvé par Dieu de la façon suivante : l’Eternel lui envoie ce qui est décrit comme un minuscule moustique (à l’époque le mot virus n’était pas en usage) qui entre par le nez de Nimrod et lui cause un dérangement et un bourdonnement intérieurs tels qu’il se jette littéralement contre les murs. La toute-puissance se retrouvait à la merci d’un moustique ! Les autres arguments que le prophète Abraham tenta d’opposer à l’hubris de Nimrod ne semblaient avoir eu sur lui que peu d’effet. Un passage coranique rapporte cet entretien. Dieu, lui dit Abraham dans le Coran, est celui qui donne la vie et la mort. Moi aussi je peux faire de même répond Nimrod. Faisant de la sorte allusion, selon certains commentateurs, au fait qu’il peut décider de gracier un condamné à mort et donner l’ordre de tuer qui il lui plaît parmi ses sujets. Dieu, dit alors le prophète, est celui qui fait venir le soleil de l’Orient, fais-le donc venir de l’Occident ?! ” Celui qui n’a pas cru fut alors confondu ! …”  (Coran. 2/259) . Pour ce qui est de la vie et de la mort il y a à peine quelques mois le discours prédominant était que ce programme était désormais entre les mains de notre humanité triomphante et que grâce à l’intelligence artificielle et sans doute au programme “Calico” de Google l’immortalité transhumaniste était sinon à notre portée du moins à celle de toutes prochaines générations. Pour prétendre changer l’ordre du Cosmos c’est sans doute un peu plus compliqué ! La novlangue technologique de la mondialisation semble donc avoir choisi de fait pour nous ce que doivent être notre futur et notre type d’humanité. Un futur que beaucoup appréhendent mais que l’on semble accepter comme une fatalité. C’est la marche irrépressible, pense-t-on, de la science. Nous n’avons pas le choix ! Plusieurs voix de sagesse, comme celle d’Abraham jadis, se lèvent aujourd’hui pour dire qu’un tel choix n’est que le résultat, non pas de la science ou de la raison, mais d’une illusion idéologique. Que le monde que nous voulons léguer à nos enfants est celui de la quête du sens et l’élévation de notre conscience et non pas celui d’une puissance livrée à elle-même et à quelques Nemrods, apprentis sorciers en herbe, qui se sont dévolus le rôle de maîtres de la techno -finance mondialisée. Le monde ne sera pas dépourvu à l’avenir de virus toujours plus subtils, toujours plus malins, qui viendront nous rappeler que nous faisons fausse route. La science nous apprend aujourd’hui qu’il a fallu près de 13,7 milliards d’années et une précision mathématique à toute épreuve pour créer notre humanité et créer en elle la chose la plus précieuse, sa capacité à prendre conscience d’elle-même et à s’émerveiller de ce miracle permanent, d’en sonder le sens et en découvrir l’harmonie. C’est cette même vision que l’on trouve au cœur des grands enseignements de sagesse. Cette finalité fonde notre dignité humaine et trace notre voie : celle d’un approfondissement par la sagesse, l’art, la science ou toute autre forme d’activité, de cette conscience humaine, qui est aussi une connaissance de nous-mêmes. On pense ici à l’injonction sapientielle inscrite sur le fronton du temple d’Apollon. Les Abrahams de notre époque peuvent attirer l’attention sur notre petitesse humaine face à cette aventure cosmique qui nous fait découvrir chaque jour dans une expansion vertigineuse de nouveaux paquets de milliards de galaxies. Devant de telles crises nous devons lever nos yeux vers le ciel mais aussi les tourner vers notre intériorité ! Nous devons aussi savoir que face aux virus (technologiques, naturels ou les deux à la fois, qui se feront de plus en plus redoutables et inattendus) les écologies, naturelle et humaine, nous enseignent ce même principe : celui de savoir cultiver comme une richesse la diversité de nos langues, de nos cultures et de la nature qui en ce domaine doit être notre maitre et nous inspirer. Mais aussi, toujours selon le même enseignement, que nous sommes certes divers mais aussi interdépendants et qu’une manière de gérer notre monde est de construire et renforcer sans cesse des liens de solidarité. Il nous faut rechercher aujourd’hui une autre verticalité que celle de nouvelles tours de Babel, réelles ou mythiques : une verticalité humaine. Celle par laquelle notre humanité peut réapprendre à relier la puissance à la sagesse et la science à la spiritualité. Il en va de la survie de notre humanité dans tous les sens du terme. Nous devons comprendre ces récits des textes sacrés comme des archétypes livrés à nos réflexions et méditations. Nimrod est le symbole d’une puissance illusoire, dénuée de sagesse ; ” L’Abraham de notre être ” est la possibilité de dépasser cet aveuglement et de laisser naître en nous une nouvelle conscience et une nouvelle conception du développement de notre humanité. C’est cet enseignement qui nous est donné d’une manière foudroyante par ce moustique, bien minuscule, de notre temps. Sommes-nous prêts à l’entendre ? 

Message d’Annick de Souzenelle, 


à propos des temps d’aujourd’hui :

Pour la Bible, la vie du peuple hébreu est prototype de celle de l’humanité.Esclave en Egypte pendant de longues années ce peuple hébreu est soudain secoué par ce qu’il est convenu d’appeler « les dix plaies d’Egypte » qui ne sont autres que les conséquences des transgressions, des Egyptiens comme des Hébreux, des lois qui structurent le créé : quand on abat par exemple le mur de soutènement, il ne faut pas s’étonner que la maison s’écroule. Chaque plaie d’Egypte est un aspect de cet écroulement.
C’est aussi ce qu’ils se passe aujourd’hui pour l’humanité toute entière qui a fait des finances son dieu et qui en est esclave. Cela nous a amené à transgresser les lois divines les plus structurantes du créé, et aujourd’hui la maison s’écroule.
Le coronavirus en est la couronne. En référence à l’Arbre qu’est l’Homme, il saisit la tête et les poumons. Il ne sera éradiqué que par un changement de tête, de niveau de conscience. Il exige un changement radical de l’humanité vers son ontologie. 
Semblable à un Arbre, l’humanité a puisé pendant un long hiver et par ses racines terre dans les profondeurs de la terre qui est aujourd’hui épuisée et craque de partout. L’humanité-Arbre doit maintenant puiser par ses racines-ciel dans les richesses divines.
Tel l’hébreu quittant l’Egypte, nous devons passer par le désert, soit un temps de désécurisation redoutable mais incontournable, avant de retrouver notre nature première, ontologique et divine. 
Nous sommes conduits à vivre un enfantement grandiose. Ce sont, aujourd’hui, les premières contractions.

Message de Monseigneur Martin,


évêque de l’église orthodoxe française, à propos des temps d’aujourd’hui

Mars 2020

Chers amis,
A la demande d’Anne, je vous propose quelques réflexions en ces temps tourmentés où l’humanité entière est plongée dans une épreuve collective sans précédent. L’auteur contemporain suisse, Michel Maxime Egger, rapporte, dans son beau livre « La Terre comme soi-même », l’intuition du philosophe catholique français Jean Guitton qui énonçait, il y a près de trente ans : « l’humanité approche d’un point vertigineux où elle aura à faire un choix radical entre la ‘métastrophe’ et la ‘catastrophe’, la mutation des consciences et le suicide cosmique ».[1]
Aujourd’hui, nous n’approchons plus de ce point, nous y sommes… 
« Les Temps » sont là, douloureux et bénis à la fois où de grandes prises de conscience doivent émerger. Une ère nouvelle est en train de s’ouvrir ; un profond changement d’esprit est espéré ; une révolution spirituelle est en marche avec le retournement radical et les désécurisations qu’elle implique. Nous sommes entrés dans un grand passage – une « Pâque » précise la langue biblique – qui concerne l’humanité entière ; la « Pâque des Nations » selon la belle expression de l’auteure Annick de Souzenelle. Et il n’est sans doute pas anodin que la crise que nous vivons se révèle en Occident au cœur du grand carême qui nous prépare à célébrer la fête de Pâques.
L’épreuve est collective, et elle est très rude. Nous sommes tous témoins de situations douloureuses dans différents pays du monde. Dans un climat de confusion, des mouvements de peur panique, de colère ou de désespoir émergent à l’écoute des rapports alarmants des instances médicales orientant les décisions politiques. Notre système socio-économique mondial très complexe se révèle finalement très fragile en situation de crise, et nous assistons, impuissants, aux prémices d’un possible effondrement en cascade. Comment ne pas être touchés en plein cœur devant le constat émouvant de vies humaines disparues, de familles brisées par la maladie ou la précarité professionnelle qui en résulte… Mais aussi par l’héroïsme dont font preuve certains, je pense particulièrement à toutes les personnes du corps médical engagées quotidiennement pour soutenir notre humanité blessée… 
L’épreuve est très rude, mais comme toute épreuve, elle peut devenir le lieu d’émergence de questions essentielles, voire de profondes remises en questions ; elle devient alors un évènement au service de l’évolution de la Conscience diront certains, au service de la « révélation de Jésus-Christ » selon l’entame du texte de l’Apocalypse de saint Jean – Apocalypsis comme dévoilement -.
En rencontrant aujourd’hui le coronavirus – Covid 19, l’humanité fait face à un adversaire bien individualisé dont la fonction première, si elle est bien comprise, est de réveiller, de stimuler, de vivifier les capacités de défenses de « troupes » parfois bien endormies. « Nous sommes en guerre » n’a pas cessé de marteler le chef de l’état français dans sa dernière allocution. Entendons-le à un premier niveau ; il nous faut alors réagir en conséquence en prenant au sérieux les prescriptions sanitaires pour protéger un maximum de sujets à risques : il en va de notre responsabilité spirituelle et citoyenne. 
Mais il est une autre guerre dont nous ne parlons pas, elle aussi invisible, et qu’il nous faudrait grandement évoquer. C’est la « guerre sainte » dont parlent les Ecritures sous la forme de l’exigeant combat intérieur de l’être humain avec lui-même et toutes ses tendances égoïstes, violentes, voraces qui font obstacle à l’avènement de la Vie et qu’il lui faut désormais convertir, transformer, retourner en lumière… Chaos ou harmonie extérieurs sont les reflets douloureux ou paisibles de notre monde intérieur. A terme, ce profond travail de conversion et d’intégration des ombres permettra à l’humanité encore adolescente d’entrer dans une nouvelle conscience, une plus grande maturité. Cette épreuve est initiatique…
Précisons à cet effet que le coronavirus est aussi appelé virus de la couronne. Il vient cibler en nous ce que nous avons oublié d’honorer depuis des générations et qui nous rend malades collectivement : totalement projetés dans l’extériorité, nous avons perdu la trace du « couronnement » intérieur pour lequel nous avons été créés, nous avons perdu le lien avec la Vie-Lumière essentielle, avec la Source Divine. Ce virus, dans sa fonction ontologique d’adversaire, nous invite finalement à retrouver le chemin de l’intériorité, à prendre soin de notre vocation de fils et de fille de dignité royale, couronnés de Lumière… Comment ?
En venant nous percuter de manière forte pour que nos carapaces de Terriens emmurés dans tant de peurs, d’illusions, d’inconscience s’entrouvrent enfin… Pour que nous puissions collectivement être conduits vers l’agenouillement intérieur, signe de l’humilité retrouvée…
En nous invitant avec vigueur à « rester chez soi » pour mieux « rentrer en soi » et écouter la Voix qui nous appelle des profondeurs de la Vie : « Reviens vers toi, retourne-toi, enfant de Lumière et écoute… »
Se poser, se déposer… seul, en famille ou en communauté et retrouver le sens de notre vie, le chemin vers notre cœur profond. Redécouvrir les valeurs fondatrices qui nous relient tous, quelle que soit notre appartenance sociale, politique ou religieuse.
En ce temps de carême choisi pour certains et de confinement subi pour d’autres, nous sommes finalement tous conduits au désert de soi… La grâce du désert, c’est l’expérience du manque qui nous rend capable d’une rencontre inouïe avec la Source mystérieuse de l’Amour : « C’est pourquoi je te conduirai au désert et je parlerai à ton cœur » (Osée 2, 16). 
De manière ultime, la « Pâque des Nations » qui se révèle plus clairement désormais est bien ce passage qui nous fait quitter un vieux monde devenu terre d’esclavage pour rejoindre un monde nouveau plus spirituel, une nouvelle terre habitée de ciel dont nous ne connaissons pas encore les contours. Le texte biblique décrit ce mouvement comme un enfantement qui n’est pas sans douleurs. Les douleurs de l’enfantement sont bien là, l’actualité nous le crie avec tous les inconforts et les désécurisations que cela implique. Il nous faudrait longuement méditer les grands exercices que le Christ énonce dans le chapitre 24 de l’évangile de Matthieu, pour accompagner ce temps : « Prenez garde qu’on ne vous abuse ; voyez, ne vous alarmez pas, n’ayez pas peur » mais aussi « veillez, priez, et tenez bon ».
Finalement, c’est peut-être ce que nous avons à faire de mieux pendant ce temps de retrait au désert de soi en l’absence forcée des sacrements conférés par l’Eglise. Veiller, prier, méditer, intercéder, demander pardon pour tous, jeûner avec mesure, sanctifier l’espace de la maison mais aussi le temps qui nous est donné, célébrer, innover… Participer du mieux que nous le pouvons à l’émergence de la conscience d’une « sage-femme » collective pour tempérer les douleurs de l’enfantement en lien avec la Sainte Présence de la Vierge Marie…
L’Intelligence Créatrice à l’œuvre a permis, à travers ce tout petit virus, d’obtenir ce que des milliers de discours et de rapports scientifiques produits ces dernières décennies n’avaient pas réussi à faire : l’arrêt du système. Aujourd’hui en Chine, il se raconte que certains peuvent à nouveau contempler le bleu du ciel qu’ils n’arrivaient plus à discerner derrière les rideaux sombres des pollutions industrielles ; il se dit aussi que l’eau des canaux de la ville de Venise est en train de retrouver ses belles couleurs…
« Rien ne peut nous nuire, nous devons simplement être patients pendant un certain temps et Dieu verra notre patience, enlèvera chaque obstacle, chaque tentation, et nous verrons à nouveau ensemble l’aube des jours joyeux, et nous célèbrerons l’espoir et l’Amour que nous avons en Jésus-Christ Ressuscité… »[2]
Confions au Seigneur nos frères et sœurs éprouvés par cette épidémie sans oublier le peuple syrien – à Idleb ou ailleurs – entraîné sur les routes de l’exil par la folie de la guerre et tant d’autres familles humaines de par le monde. Demandons-Lui de nous combler de force, de patience et d’espérance…

Chaleureuses bénédictions à chacune et chacun…
A Flayosc, en la fête de saint Joseph, le Juste, 19 mars 2020

Evêque Martin

[1] « La Terre comme soi-même » de Michel Maxime Egger, éditions Labor et Fides, p.20

[2] Paroles de consolation du père Zacharias Zacharou, Monastère d’Essex, GB